Matéo Delalande -

Au croisement où les images naissent et disparaissent, mon regard se cultive et trouve un élan, sous-tendu par la sensation qu'une zone d'ombre contient intrinsèquement une image. J'intègre à cette obscurité la dynamique du cinéma et du théâtre, liés à l'attente ; fondu au noir, attente du retour de l'image, de l'événement. Je cherche ces moments prolongés où l'oubli et la fuite des images deviennent possibles, où les choses s'effacent. C'est en ce sens que je tente, par une approche sensible, de créer des images ambiguës, inachevées, qui ne se laissent attraper qu'à certaines conditions, qui jouent d'une narration absente ou partielle pour mieux se laisser investir de l'imaginaire.

La nuit urbaine incarne l'une de ces zones : tendue par des logiques de saturation du temps et de l'espace alimentées par la logique 24/7, qui tentent de déborder sur une phénoménologie obscure et la cohérence cyclique du temps. Emanciper la nuit comme une alternative à la ville, où celle-ci ne serait plus l'outil d'une organisation marchande, mais d'une recherche de poésie, de narrations éventuelles. Une réserve potentielle de temps pour soi, comme de temps commun, dédiée à des besoins essentiels au-delà du repos, comme la contemplation, le partage et l'exploration de nos propres limites perceptuelles, qui permettent de mieux penser sa place au sein d'une globalité.

Da Nachtwatch, huile sur toile de lin. 2026

Une odeur de suie, monotype sur paper japon. 2025

Veilleuses, ..., auto-édition 55p. 2023.

Sodium, série de 7 peintures à l’huile. 2022

Sans titre, peinture à l'huile sur panneaux de bois récupérés. 2022


Ces peintures à l'huile réalisées sur bois répondent à un cycle simple : lors de déambulations nocturnes, je remplis mes yeux d'un stock de façades et d'architectures, et mes mains de panneaux de bois récupérés dans les poubelles, sur les bords de route... Au moment du retour, j'irai replacer mes peinture dans la ville, dans des espaces que je perçois comme à la frontière du public et du privé, afin qu'elles soient déplacées, emportées, récupérées. C'est un geste à la fois poétique et politique.
Le support bois redonne à la peinture un poids physique, tout en lui donnant la légerté d'être déplacée, emportée, touchée, jetée.

Flux, série de 35 dessins + 1, graphite sur papier. 2022

Fondus au noir, 65 photogrammes présentés sur écran mat. 2022


C'est au travers de processus de traductions - transformant le réel en données numériques, la vidéo en dessin, le souvenir en peinture... - que je tente de mettre à jour des réserves ; entendues à la fois comme vocabulaire technique et pictural, mais aussi comme l'idée de zones tendues, entre potentiel inexploité et submersion.

Ecumer, 7 dessins, graphite sur papier. 2022

La route des barbelés, 12 dessins au graphite sur papier noir. 2020

Veille, édition 45p, photographie numérique. 2019

et si ça s'était passé le jour
les images n'auraient pas disparues

et le guide aurait pu faire son travail.
plutôt, il est devenu phalène

dans son silence, les mouettes se sont blotties

en lui offrant une plume, elles lui ont montré le chemin

il l'a planté dans le sable
et n'y est jamais revenu.

si ça n'avait été pour les barbelés, il aurait trouvé le sommeil.

il s'est enchevêtré dans sa nuit

et de la phalène s'est fait l'épave.

Le collecteur n'avait pas commencé sa ronde que ses mains étaient déjà prises

c'est ainsi qu'il décida que ses yeux porteraient pour lui le poids des choses

et lorsque sa force optique le quittera finalement

il pourra se débarrasser des images pour enfin dormir.

elles s'échapperont.

alors le collecteur les rattrapera à la volée et enfermera leurs restes dans des cages de bois improvisées
et c'est avec nostalgie déjà

qu'il les entreposera, pour n'y revenir jamais presque.